Les concepts clés

Cette page donne le vocabulaire de l'outil et la façon de lire ses mesures. Tout le reste en découle.

Le graphe partagé

Le graphe (ou référentiel) est l'état des arguments sur un sujet, partagé par tous les curateurs et tous les débats. Il est unique : une thèse n'y figure qu'une fois, avec ses reformulations. Chaque modification relance le calcul des verdicts de tout ce qui en dépend.

Ce que vous faites dans un débat (vos messages, la position estimée de votre interlocuteur) ne modifie pas le graphe — sauf si vous y faites entrer une idée nouvelle (voir Mener un débat).

Plusieurs graphes

L'outil peut tenir plusieurs graphes, par exemple un par sujet. Chacun est un monde à part : ses thèses, ses sources, ses organisations, ses domaines, ses débats, son journal, et ses membres. Rien ne passe de l'un à l'autre. L'en-tête dit le graphe où vous êtes (à côté du nom de l'application) et mène aux autres ; l'adresse le dit aussi (/g/<nom>/…), si bien qu'un lien copié mène au bon graphe.

Votre rôle (lecteur, contributeur, curateur de confiance) est propre à chaque graphe : on peut être curateur de confiance dans l'un et lecteur dans un autre. Un graphe où vous n'avez pas de rôle n'apparaît pas. Un graphe modèle (celui des fondations, par exemple) se lit, mais seul un administrateur le modifie. Mes débats montre les débats du graphe courant, et dit en bas où sont les autres.

Les éléments

Chaque élément a une pastille, la même partout.

Élément Ce que c'est Exemple
Thèse une affirmation qui peut être vraie ou fausse, et qu'on peut établir « L'électricité nucléaire émet très peu de CO2 sur son cycle de vie »
Valeur un choix, une priorité, qui ne se prouve pas mais s'accorde ou non « Face à un risque irréversible, la précaution prime »
Argument un raisonnement : si ses prémisses tiennent, alors sa conclusion tient « le bilan électrique »
Preuve un fait avancé par une ou plusieurs sources « 95 % de la production est bas carbone »
Source un document : rapport, article, étude, déclaration, vidéo… « RTE — bilan électrique 2024 »
Organisation qui publie une source ou prend position : revue, institut, média, parti, syndicat, ONG, entreprise… « Cour des comptes », « RTE »
Personne qui signe une source ou prend position : chercheuse, journaliste, élu, militant… une ministre, un économiste
Prise de position ce qu'une personne ou une organisation a dit d'une thèse : la soutient, la conteste, la nuance « X conteste : … (entretien du 12/03/2024) »
Domaine un champ de compétence (énergie, santé…), qui porte une convention de preuve « Économie de l'énergie »

Un argument conclut une thèse. Il repose sur des prémisses : des thèses, des valeurs, des preuves.

Qui dit quoi : les acteurs

Les organisations et les personnes ne font pas que publier des sources : elles prennent position dans le débat public. Une prise de position dit qui soutient, conteste ou nuance une thèse, quand, avec quels mots, et où cela se lit (une source, et l'endroit : une page, un moment).

Qui dit quoi n'est pas ce qui est vrai

Une prise de position ne compte dans aucun verdict : qu'une autorité affirme une thèse ne la prouve pas. Elle sert à savoir qui défend quoi, à retrouver le propos exact, et à repérer un argument d'autorité — qu'on évalue alors par ce que dit la source, pas par qui la dit.

Une thèse peut aussi parler de quelqu'un (« l'entreprise X a sous-déclaré ses émissions ») : sa fiche le dit, et celle de l'acteur liste les thèses à son sujet. Une personne se lie à des organisations (membre, direction, élue sous son étiquette, lien d'intérêt), une organisation à d'autres (propriété, tutelle, financement) : de quoi juger une indépendance.

Les prémisses : ET, OU, NON

Par défaut, les prémisses d'un argument sont toutes requises (ET). On peut les regrouper :

  • ET — toutes doivent tenir ;
  • OU — une seule suffit ;
  • NON — la prémisse doit être fausse (« A ET NON B »).

La page d'un argument montre son arbre de prémisses et le lit comme une formule : « Se lit : A ET (B OU C) ». Voir Contribuer.

Les relations entre arguments

En plus de conclure, un argument peut agir sur un autre élément :

  • soutient une thèse ;
  • réfute une thèse — il établit le contraire ;
  • sape l'inférence d'un argument — ses prémisses peuvent tenir, mais elles ne mènent pas à sa conclusion ;
  • sape une prémisse d'un argument ;
  • nuance une thèse — sans la contredire, il la rend moins sûre, ou moins générale (« oui, mais seulement si… », « moins qu'on ne le dit »). Il conclut sa propre réserve.

Une nuance ne pousse jamais une thèse vers le faux : elle la rapproche de l'indécidable (sa force revient vers 50 et sa décidabilité baisse), d'autant plus que la nuance est solide face à ce qui établit la thèse. C'est la même règle que « sape l'inférence », appliquée à une thèse. Seule la plus forte des nuances compte ; une nuance fragile (qui ne tient pas elle-même) ne fait rien. Qui nuance une thèse nuance aussi sa négation. Une valeur ne se nuance pas : elle s'accorde ou non.

Un argument « contre » une thèse est le plus souvent un argument pour sa négation (« Il est faux que : … »), que l'outil crée pour vous.

Lire un verdict

Chaque thèse, valeur et argument porte trois mesures, toujours affichées de la même façon.

  • La force — de quel côté penche ce qui est établi, de 0 (tout indique le contraire) à 100 (tout va dans son sens). Un curseur.
  • La décidabilité — à quel point la question est tranchable avec ce qu'on a : peu de preuves, des sources faibles ou qui se contredisent la font baisser. Un disque.
  • Le verdict — la conclusion, qui compose les deux : verdict = 50 + (force − 50) × d, où d est la décidabilité comptée de 0 à 1. Un losange. Une question indécidable (d proche de 0) a un verdict proche de 50, quelle que soit sa force.

Les trois mesures d'une thèse, sur sa carte

Le verdict se dit en mots :

Verdict Statut
70 et plus solide
de 60 à 70 plutôt solide
de 40 à 60 indécidable
de 30 à 40 plutôt faux
30 et moins probablement faux

Le contresens le plus courant

Un verdict tiède (autour de 50) ne veut pas forcément dire que les deux côtés se valent. Il signale souvent une question peu décidable : la force penche nettement d'un côté, mais la décidabilité est basse, et le verdict est ramené vers le milieu. Lisez toujours les trois mesures ensemble.

Ces nombres sont des ordres de grandeur, pas des mesures exactes : ils dépendent de choix de calcul et des fiabilités saisies. Ce qui compte, c'est leur sens et leur évolution quand le graphe change.

La fiabilité d'une source

Chaque source a une fiabilité de 0 à 100 : la probabilité qu'elle dise vrai. Une source de fiabilité r qui affirme un fait le rend probable à 50 + 50 × r : une source faible ne rend jamais un fait établi à elle seule, ni faux. Qui le conteste le tire vers 50 − 50 × r ; qui le nuance (ne le confirme qu'en partie, ou avec des réserves) compte pour une demi-affirmation, 50 + 25 × r : une source fiable qui nuance tempère un fait très affirmé, sans le rendre faux.

  • La fiabilité s'établit par la méthode propre au type de source — GRADE pour une étude (risque de biais, imprécision…), CRAAP pour un rapport ou un article (actualité, autorité, exactitude…), cohérence des intérêts pour une déclaration, intégrité pour un scrutin. La grille de la source la calcule critère par critère (voir Contribuer).
  • On y joint sa certitude : à quel point on est sûr de ce score. Une fiabilité incertaine rend la source moins décisive (elle pèse moins dans la décidabilité), sans changer le sens de ce qu'elle affirme.
  • Deux sources qui reprennent la même source primaire ne comptent pas comme deux témoins indépendants. Avoir les mêmes auteurs ou la même organisation, en revanche, ne suffit pas à rendre deux études dépendantes (une même équipe publie des études sur des données différentes) : le calcul n'en tient pas compte, la fiche de synthèse le montre. Une dépendance réelle (mêmes données, même méthode, même étude) se déclare, avec son niveau de corrélation, et le calcul la suit (Deux sources qui ne sont pas indépendantes).

Les valeurs à accorder

Une valeur ne se prouve pas : elle s'accorde ou non. Quand un argument repose sur une valeur, son verdict est conditionnel : « à condition d'accorder : la précaution prime ». Deux personnes peuvent être d'accord sur tous les faits et conclure différemment parce qu'elles n'accordent pas les mêmes valeurs — l'outil le montre au lieu de le cacher.

Une valeur qui sert une thèse par un argument et la dessert par un autre est un point de bascule : c'est souvent là que se trouve le vrai désaccord.

Le standard de preuve

Selon le domaine, on n'exige pas la même solidité pour tenir une thèse pour établie : « prépondérance » (plus probable qu'improbable), « au-delà du doute raisonnable », « GRADE »… Le domaine d'un argument porte sa convention de preuve ; la fiche de synthèse dit si elle est atteinte.

La péremption

Une donnée vieillit, plus ou moins vite selon le domaine. Une thèse jamais datée ni vérifiée, ou dont la donnée est ancienne, est signalée à revérifier.

Le débat

Un débat vous oppose à un interlocuteur sur une ou plusieurs thèses du graphe. L'outil :

  • analyse ses messages : ce qu'il aborde, ce qu'il reprend à son compte, ce qu'il conteste ;
  • estime sa position sur chaque thèse, avec une certitude — jamais au-delà de ce qu'il a dit ;
  • propose des étapes de réponse honnêtes : présenter un argument solide, nommer une asymétrie, interroger une valeur, inviter à calibrer sa certitude… ;
  • rédige un brouillon, par défaut à la 3ᵉ personne (une note de rédaction que vous réécrivez).

Le brouillon ne s'appuie, comme établi, que sur ce qui est assez solide dans le graphe : c'est un plancher que rien ne franchit. Voir Mener un débat.

Les rôles

Rôle Peut
Lecteur consulter, mener ses débats, suivre des éléments
Contributeur en plus, proposer : chacun de ses gestes sur le graphe devient une proposition, relue avant d'entrer
Curateur de confiance modifier directement, relire les propositions, trancher les contestations
Administrateur tout, plus les comptes, les invitations, les réglages, l'import

On n'entre que sur invitation. Voir Travailler à plusieurs.